
Ce texte est le deuxième de cinq portant sur l’usage d’applications électroniques de navigation. Il se concentre sur l’application C-MAP. Les autres textes portent sur l’usage de OpenCPN, Savyy Navy, Navionics et SEAIQ. Il se concentre principalement les installations sur des tablettes ou appareils cellulaires qui ne sont pas connectés aux instruments d’un voilier.
Si vous ne l’avez pas déjà fait, c’est une bonne idée de lire le texte distinguant les formats de cartes électroniques. C’est aussi une bonne idée de lire la partie « Généralités portant sur les applications électroniques de navigation » du texte sur Navionics. Il vous aidera également à faire bon usage de C-MAP ou des autres applications de navigation.
Dans ce texte, je montre comment utiliser C-MAP pour faire les tâches les plus importantes en navigation, soit:
- se procurer des cartes électroniques.
- lire des symboles sur la carte.
- mesurer les distances et les angles.
- s’informer sur les courants et les marées.
- évaluer sa vitesse et sa route sur le fond.
- planifier et exécuter des routes.
- échanger des routes déjà planifiées.
- enregistrer la route réelle empruntée.
C-MAP
C-MAP est une application permettant d’illustrer des cartes électroniques de navigation. Elle est disponible sur le Apple store, le Google store et fonctionne d’emblée sur la plupart des tablettes ou téléphones intelligents. Il faut bien sûr un écran tactile pour l’utiliser, de même qu’un GPS intégré.
C-MAP offre des cartes marines professionnelles à jour contre un abonnement annuel. En payant l’abonnement à une région donnée, l’application offre des cartes qui sont continuellement à jour (tant et aussi longtemps que votre appareil est connecté à l’internet). En 2025, le prix de l’abonnement à des cartes canadiennes était de 70$. Elle offre une période de 14 jours pour tester l’application. Après quoi, la facturation débute.
La valeur ajoutée la plus importante de l’application C-MAP est qu’elle fournit l’option d’afficher les cartes au format prévu par la Société hydrographique du Canada (dans les options d’affichage de carte). Si cette option est retenue, les symboles sur la cartes correspondent alors exactement à ceux décrits dans la Carte #1 du Canada. Les utilisateurs d’ordinateurs embarqués Furuno ou Raymarine reconnaîtront également un format de carte connu, car c’est d’ordinaire l’application retenue par ces fabricants pour afficher des cartes électroniques.
Se procurer des cartes électroniques
Pour se procurer des cartes, il faut d’abord s’enregistrer en ajoutant une adresse courriel et un mot de passe, accepter les conditions d’utilisation, puis fournir ses informations de paiement. Ensuite, les cartes seront affichées automatiquement sur l’écran d’accueil (e.g image au début de ce texte).



Il est aussi possible de télécharger des cartes d’avance pour préparer une navigation sans connexion internet. Pour ce faire, il faut se rendre dans la section « cartes hors-connexion », choisir la zone de navigation qui nous intéresse, puis cliquer sur « télécharger ». On peut ainsi télécharger d’avance les zones où on prévoit ne pas avoir de connexion cellulaire (ou internet), permettant de naviguer en toute sécurité. Les deux images ci-dessous résument les étapes à suivre.


Lire des symboles sur les cartes
L’identification des symboles sur une carte marine se fait en tapant directement sur l’objet d’intérêt. Un réticule devrait alors apparaître sur l’objet donnant des informations de base. Fait notable, C-MAP ne permet pas d’obtenir les informations de bathymétrie en tapant sur une région quelconque du plan d’eau. Il faut se fier aux profondeurs affichées sur la carte. C-MAP emploie donc une approche conservatrice et se garde d’interpoler les profondeurs en dehors des informations affichées.
Ci-dessous, je donne l’exemple de lecture de symbole sur la carte avec la bouée H93. En tapant sur la bouée , cela affiche la fenêtre contextuelle d’information partielle. En tapant ensuite sur le bouton « détails de la marque spéciale », on peut obtenir les informations détaillées de l’objet.


Correspondance avec le Livre des feux, des bouées et des signaux de brume
On remarquera notamment son numéro de référence (ATL 1874), qui permet de la trouver dans le Livre des feux, des bouées et des signaux de brume. L’application n’indique pas l’information complète sur la bouée. En particulier, on remarquera que la bouée est saisonnière.

Mesurer les distances et les angles
La mesure des distances et des angles se fait à partir du bouton « planifier » en bas, au centre de l’écran. On doit alors taper sur le bouton « Mesure de distances » pour accéder à l’instrument de mesure. En le faisant, une cible s’affiche et il faut la déplacer au point de départ de la mesure de distance. Il faut alors taper sur le bouton « ajouter un point ».
Une particularité de C-MAP est qu’on peut ajouter autant de segments de mesure que nécessaire. On peut ainsi ajouter autant de points que voulu, générant de fait une route avec des angles et des distances. C-MAP affiche ainsi les distances entre chaque point et les angles sous forme de relevés en degrés vrais.
Les relevés sont affichés que les segments seraient navigués dans l’ordre où ils ont été ajoutés. On peut voir un exemple dans l’image de droite ci-dessous: la distance mesurée sur la route construite est de 9.72 kilomètres et les segments de route sont respectivement à 325 degrés, 331 degrés, 20 degrés et 49 degrés.
À ma connaissance, il n’est pas possible d’afficher les distances dans une unité différente des profondeurs. Ce faisant, si on souhaite les profondeurs dans le système métrique, on doit également avoir les distances dans le système métrique (ci-dessous en kilomètres). Cela force quelques calculs mentaux, car par défaut, les vitesses sont affichées en nœuds.



S’informer sur les courants et marées
Les marées
C-MAP reproduit les informations des stations de marées du gouvernement fédéral. Pour avoir la marée à un endroit qui nous intéresse, il faut trouver la station la plus proche. Dans C-MAP chaque station est représentée par un rectangle rose se remplissant en bleu (marée montante), et se vidant en rouge (marée descendante).
On peut voir l’information sommaire de marée en tapant sur une station, puis obtenir la courbe de marée complète en tapant sur le bouton « détails des marées ». On peut alors déplacer le curseur pour voir la hauteur de marée à une heure donnée. Les marées sont données aux heures de l’appareil supportant l’application.
Je donne ci-dessous l’exemple pour la station de marées de Tadoussac. Dans l’image de gauche, on peut voir la station de marée. Dans l’image du centre, on peut voir les informations partielles affichées après avoir tapé sur la station. On peut y voir l’heure de la marée haute et de la marée basse. En tapant sur le bouton de « détails des marées », on peut voir un graphique d’évolution de la marée en fonction du temps.



C-MAP ne permet pas de changer la date des marées par un menu dédié pour évaluer des dates ultérieures. Il faut donc faire défiler la marée longuement pour arriver à une date future.
Les courants
À ma connaissance, l’application ne permet pas de se renseigner sur les courants à moins d’acheter une carte SD dédiée. Cet achat est possible sur des ordinateurs embarqués, mais n’est pas possible sur les tablettes et les téléphones intelligents. C’est certainement un défaut important de l’application.
L’évaluation de la vitesse et de la route sur le fond

Du moment que l’application reçoit l’information du GPS, le menu « naviguer » en bas à droite affichera automatiquement la position, la vitesse sur le fond et la route sur le fond. Succinctement, la vitesse sur le fond est la vitesse du bateau par rapport à la terre. Elle diffère de la vitesse indiquée sur un loch, qui mesure la vitesse par rapport à l’eau. Similairement, la route sur le fond indique dans quelle direction va le navire, par opposition à où pointe le navire (le cap).
Sur la carte, la position du navire est représentée par une flèche noire entourée d’un cercle.
Le cercle représente la qualité de la position GPS (la horizontal dilution of position, ou HDOP). Plus le cercle est petit, plus la précision GPS est grande.
La vitesse sur le fond est quant à elle affichée en haut, à gauche de l’écran. Dans l’image de gauche, le navire avance à 9.23 noeuds (nod).
La route sur le fond est affichée au centre, en haut (en degrés vrais). Sur l’image, la route est au 048 degrés vrais.
Elle est également représentée sur la carte par un long trait bleu prolongeant la flèche de position.
Planifier et exécuter des routes
C-MAP permet de planifier des routes à l’aide de points de cheminement (waypoints). On peut ainsi planifier une route pour ensuite l’exécuter. Il faut se rendre dans l’onglet « planifier », puis taper sur le menu « créer une route » (ci-dessous, l’image de gauche).
Dans C-MAP, la création de route commence par l’identification du point de départ, puis du point d’arrivée. Dès que ces informations sont entrées, C-MAP calcule automatiquement une route entre les deux points. Cette route n’est basée que sur les limites de profondeurs jugées sécuritaires dans les préférences de l’application. Elle ne prend nullement en considération les autres risques ou avertissements qu’une navigation sécuritaire puisse exiger.
L’idée est illustrée ci-dessous, dans l’image du centre, où j’ai créé une route entre l’Ile au Pot de vie et Tadoussac seulement en entrant le point de départ et le point d’arrivée. C-MAP me fait alors passer par les hauts fonds, hors du chenal et proche des clapotis typiques de l’entrée du Fjord. Quiconque trouvant ce chemin tentant devrait lire les instructions nautiques sur les particularités des courants à l’entrée du Fjord! Ce n’est pas une bonne idée, et c’est une excellente illustration de pourquoi un algorithme de chemin minimal n’est pas un substitut au jugement marin.



Ainsi, pour améliorer le chemin proposé par C-MAP, il faut ajouter des points de cheminement intermédiaires (image de droite, ci-dessus). L’ajout des points de cheminement se fait dans un ordre séquentiel, en partant du début. Ainsi, le premier point ajouté est implicitement celui après le point de départ, le second après le premier, et ainsi de suite. L’ajout de points de cheminement permet de grandement améliorer la sécurité par rapport à la route initiale. Une route avec des points de cheminement intermédiaires est présentée dans l’image de gauche ci-dessous.
Une fois la route créée, on peut la mettre à exécution ou la sauvegarder. En mode exécution (image de droite ci-dessous), la route est affichée avec les informations de navigation du navire. En particulier, on peut comparer la route sur le fond du navire à la route prévue, et ainsi faire des corrections appropriées pour suivre la route.


Échanger des routes déjà planifiées
C-MAP permet de télécharger des routes provenant d’autres applications de navigation. Similairement, elle permet d’exporter des routes vers d’autres applications. Le format d’échange est le document .gpx. C’est un format ouvert qui permet notamment de partager des routes.
Pour exporter une route, il faut la sélectionner dans les routes déjà enregistrées (image de gauche ci-dessous), puis choisir l’option exporter (image de droite ci-dessous). L’application créera alors un fichier « .gpx » sur votre appareil électronique, fichier que vous pourrez alors partager.


On notera qu’une option « partage » existe dans les options de partage de route. Si on choisit cette option, C-MAP créera un lien qui pourra être partagé, mais qui demandera à la personne qui le reçoit d’installer d’abord C-MAP avant de pouvoir accéder à la route. En revanche, le fichier .gpx peut être lu par la plupart des applications de navigation.
Pour télécharger une route qu’on vous a partagé, il suffit d’ouvrir le fichier .gpx qu’on vous a fait suivre. L’action ouvrira C-MAP et affichera la route. Si vous avez plus d’une application de navigation électronique sur votre appareil, c’est possible que l’action ouvre une autre application que C-MAP. Dans ce cas, il faut modifier les préférences de votre système d’exploitation pour indiquer quelle application devrait être utilisée.
Enregistrer la route réelle empruntée
L’activation de la trace passe par le menu de navigation. Il suffit de taper sur le bouton « activer la trace » pour que l’application débute l’enregistrement de la position sur la carte. Ci-dessous, l’image du centre illustre une trace enregistrée pendant une heure. Elle montre un navire qui emprunte la traverse du lièvre pour ensuite emprunter le Chenal du sud sur le fleuve St-Laurent. (On notera que la manœuvre est effectuée à marée haute!)
L’image de droite ne sert qu’à illustrer que l’application enregistre la position de l’appareil électronique. Si ce dernier est dans les poches d’une personne et que cette personne marche sur le navire, la trace affichera les déplacements de la personne sur le navire. Ces « zig-zags » n’ont rien à voir avec l’imprécision GPS, mais bien que l’appareil électronique se déplaçait sur le navire!



Conclusion
C-MAP est une application de navigation qui permet de faire la plupart des tâches courantes de navigateur. Sa plus grande force est de permettre l’affichage des cartes au format ENC, un format standard connu de la marine marchande. C’est aussi l’application logicielle par défaut de plusieurs ordinateurs de bord embarqués.
On notera qu’il n’est pas possible d’analyser les courants à même l’application et sa méthode de construction de route automatique est, pour les non-initiés, dangereuse. Je rapporterai également mon expérience, fort déplaisante, à l’effet que l’application crashe continuellement pendant l’usage.
Cela dit, je connais également des personnes qui ne jurent que par cette application. Elle comprend beaucop d’informations et d’instruments pour faire des plans de passage.
2 Responses
[…] Navionics (Boating). Les autres textes couvrent respectivement OpenCPN, Savyy Navy, C-MAP et SEAIQ. La première partie de ce texte couvre des généralités applicables à l’ensemble […]
[…] autres textes couvrent respectivement les applications Navionics (Boating), Savvy Navvy, C-MAP et SEAIQ. Avant d’entreprendre la lecture de ce texte, c’est une bonne idée de lire la […]