Douze documents utiles à la navigation

Le guide de sécurité nautique est un bon condensé des règles et obligations des plaisanciers.
Le guide de sécurité nautique est un bon condensé des règles et obligations des plaisanciers.

Le brevet de navigation côtière élémentaire de Voile Canada exige que vous ayez une connaissance des principales publications nautiques nécessaires pour naviguer. Ce texte en fait un tour d’horizon.

Rappelez-vous de l’acronyme « CRISTAL RAAAG », car il résume les documents à connaître:

  1. Carte #1;
  2. Règlement international de prévention des abordages;
  3. Instructions nautiques;
  4. Système d’aide canadien à la navigation;
  5. Table des marées;
  6. Atlas des courants et des marées;
  7. Livre des feux, bouées et signaux de brume.
  8. Règlements locaux;
  9. Aide radio à la navigation maritime;
  10. Avis aux navigateurs;
  11. Avertissements aux navigateurs;
  12. Guide de sécurité nautique.

Ces documents sont détaillés un par un dans les sections ci-dessous.

La Carte #1

La Carte #1 permet de décoder tous les symboles se retrouvant sur une carte maritime. Il est rédigé par le Service Hydrographique du Canada.

Si vous avez de la difficulté à comprendre le sens d’un symbole sur une carte en papier, c’est certainement dans cette publication que vous serez en mesure d’en comprendre le sens. Il détaille également des conventions importantes en matière de profondeurs, de dégagement aérien, et plus généralement de l’information nécessaire pour lire une carte maritime avec compétence. Son contenu fait l’objet d’un texte entier.

Fait notable, tous les services hydrographiques de ce monde ont une carte #1. À titre d’exemple, le Service hydrographique du Royaume Uni (UKHO) offre la « carte NP5011 » pour interpréter les cartes en papier. Similairement, le Service hydrographique des États-Unis offre également une carte #1. Il est ainsi possible d’interpréter les symboles sur les cartes en papier qui sont produits par ces services.

Ces documents suivent la convention de présentation de l’Organisation internationale hydrographique (OHI), permettant de faire le lien entre les symboles employés par différents pays. À gauche de chaque page, on voit les symboles internationaux de l’OHI. À droite, on voit les symboles employés par le service hydrographique produisant les cartes.

Le symbole international est parfois différent du symbole employé par le service d’un pays.

Le RIPAM

Le Règlement international de prévention des abordages en mer (RIPAM) est à la navigation maritime ce que le code de la sécurité routière est à la conduite automobile. C’est le « code de la route » pour les navires.

Le RIPAM est un Règlement annexé à la Loi sur la marine marchande. Il a force de loi au Canada et est accessible gratuitement en ligne.

Le RIPAM comprend 46 règles qui indiquent de quelle manière les navires doivent se comporter pour éviter des abordages (collisions). Pour une personne s’initiant à la navigation, connaître les règles 4 à 19 est crucial pour la navigation. Ces règles font moins de dix pages et ce sont certainement les pages les plus importantes de toutes celles présentées dans ce texte!

Sur le fleuve St-Laurent, ce sont les règles 9 et 10 qui dictent les principales interactions entre les voiliers de plaisance et les gros navires de la marine marchande. Contrairement aux règles en eaux libres (règle 18), les navires à voile n’y sont pas privilégiés!

Comme le code de la route, une infraction au RIPAM peut mener à des contraventions. Selon la gravité de l’infraction, les amendes peuvent aller entre 250$ et 25 000$!

Les Instructions nautiques

Les instructions nautiques sont regroupés en volumes régionaux.
Le volume ATL 112 des instructions nautiques.
Le volume ATL 112 des instructions nautiques.

Les Instructions nautiques du Service Hydrographique du Canada sont des publications décrivant textuellement les principales caractéristiques de différents plan d’eau canadiens.

Lorsqu’on navigue sur un plan d’eau pour la première fois, c’est une bonne première lecture pour s’y familiariser. On peut y voir des ports publics, des indications sur les courants ou encore sur les marées. Ce sont des conseils consignés par écrit.

À gauche, l’image montre le volume ATL 112, qui couvre le Fleuve St-Laurent entre Cap Rouge et Montréal. On y verra les installations portuaires de Montréal et de Contrecœur.

Les instructions nautiques sont avant-tout conçues pour la marine marchande, si bien que certains conseils sont de peu d’utilité pour les embarcations de plaisance. En guise de conseil général, si un guide de navigation spécialisé à la plaisance couvre la même région, on trouvera dans cette dernière des conseils qui seront peut-être plus adaptés.

Cela dit, certaines régions ne sont pas couvertes par les guides privés alors qu’ils sont couverts par les Instructions nautiques. C’est notamment le cas pour la côte nord du Québec. Dans ces circonstances, les Instructions sont très utiles pour découvrir où sont les quais publics et les possibles ancrages.

Ci-dessous, on peut voir un extrait des Instructions nautiques ATL 109 (Détroit de Belle Isles). On y voit le quai public de Blanc-Sablon (à la frontière du Labrador), comprenant un bras de mer protégeant les navires de pêche. Un voilier pourrait certainement s’y abriter!

Les instructions nautiques sont utiles là où les guides nautiques de plaisance sont indisponibles.

Le Système canadien d’aides à la navigation

Le Système canadien d'Aides à la navigation résume le sens des bouées canadiennes.
Le Système canadien d’Aides à la navigation résume le sens des bouées canadiennes.

Le Système canadien d’aides à la navigation est une production de la Garde côtière canadienne. En substance, c’est là qu’on y présente l’ensemble des bouées et signaux servant à la navigation au Canada. Si vous avez votre carte d’opérateur d’embarcation de plaisance (votre « carte bateau »), on vous a déjà exposé aux principales aides à la navigation.

Apprendre à décoder les bouées est partie très importante de l’examen au brevet de navigation côtière élémentaire. Il faut savoir décrire une bouée: forme, couleur, symbole au sommet et symbole lumineux. C’est du matériel qu’il faut apprendre par cœur et qui est payant en pratique. Ce faisant, un texte complet vise à vous apprendre à décoder les bouées.

Les Tables des marées

Les tables des marées sont des documents produits par Pêches et Océans qui donnent la marée haute et la marée basse en fonction de l’heure du jour. Les documents sont annuels et révisés à chaque année. Ils sont également regroupés par région du Canada.

Entre Trois-Rivières et Tadoussac, ce sont les marées qui dictent les possibilités de navigation. Par exemple, certaines marinas ne sont accessibles que pendant une fenêtre déterminée aux environs de la marée haute. Pour naviguer sur le fleuve, il est ainsi essentiel de savoir travailler avec les marées. Des calculs de marées font partie des examens élémentaires du brevet. Ce faisant, des exercices sont présentés dans un texte séparé.

Les tables des marées sont des documents traditionnels, datant d’avant l’internet et les applications cellulaires. L’application fédérale des marées est une application en ligne moderne qui fournit la même information sous forme de graphique. Bien que la version papier soit à l’examen de Voile Canada, il n’est pas interdit d’embrasser la modernité en pratique!

Atlas des courants et des marées

Les courants sur le Fleuve sont importants.

L’Atlas des courants et des marées est un document qui présente l’état des courants dans certaine partie du Canada. C’est une production du Service Hydrographique du Canada. Au Québec, on s’intéresse particulièrement au fleuve St-Laurent, entre Trois-Rivières et Tadoussac.

Bien que ce soit essentiel pour naviguer sur le fleuve, le brevet élémentaire de Voile Canada ne couvre que le minimum en termes de navigation avec des courants. Il est nécessaire de connaître l’existence de cette publication, mais son usage détaillé relève du brevet intermédiaire.

Comme les tables des marées, l’Atlas des courants est un document traditionnel dont l’origine date d’avant l’internet. Aujourd’hui, les courants sont disponibles en temps réel via l’application Nautilo, qui relève de Pêches et Océans. On y voit les courants en temps réel.

Bien que le document soit à connaître pour l’examen de Voile Canada, l’application est plus pratique au quotidien.

Le livre des feux, des bouées et des signaux de brume

Le livre des feux, des bouées et des signaux de brume constitue un inventaire de toutes les aides à la navigation au Canada. C’est un document produit par la Garde côtière canadienne. Les informations sont regroupées par région du Canada (e.g. Atlantique).

Pour chaque volume, on y l’information propre de chaque aide à la navigation, notamment sa position géographique et ses caractéristiques saisonnières. On y trouve quelques informations additionnelles qui ne sont pas sur les cartes de navigation.

Originalement produit sous forme de document en papier, le « Livre » est maintenant accessible en ligne sous forme de pages sur l’internet.

Au Québec, le livre est utile pour voir si les bouées sont annuelles (présentes toute l’année) ou saisonnières (été seulement). C’est aussi utile pour contrevérifier si une bouée a disparue… ou si notre carte n’est pas à jour. C’est un document qu’on consulte moins fréquemment que les autres.

Les Règlements locaux

Le pamphlet de la ville de Boucherville.

Il n’y a bien sûr pas de règlement local unique! C’est cependant une bonne pratique que de connaître les règlements locaux dans la zone de navigation où vous vous situez.

Au Québec, les municipalités ou les marinas ont généralement des règles spécifiques à la navigation (limites de vitesse, ou de production de houle). À titre d’exemple, le pamphlet de la ville de Boucherville donne des indications des règles sur les eaux qu’elle surveille. On y voit notamment une limite de vitesse de 10 km/h (5.3 nœuds) proche des Îles de Boucherville.

C’est très probablement ces règlements que la police locale impose le plus souvent. Renseignez-vous sur votre plan d’eau favori.

Les Aides radio à la navigation

Les Aides radio à la navigation maritime documente les ondes radios VHF et HF utilisées à des fins de navigation maritime. C’est une publication de la Garde côtière canadienne. Outre le canal 16 destiné aux urgences, on y détailles les canaux utilisés à des fins de navigation commerciale et ceux utilisés pour la météo maritime.

L’ouvrage fournit les informations sur les installations radio, les procédures de communication radio et les services obligatoires d’organisation du trafic maritime (de la marine marchande).

Le document est principalement destiné à la navigation commerciale. Pour la plaisance, les informations les plus importantes sont peut-être le nom des stations (e.g. « Québec Radio Garde-Côtière », ou « Les Escoumins Radio Garde-Côtière ») avec lesquelles on peut communiquer un plan de navigation.

Les Avis aux navigateurs

Les Avis aux navigateurs fait partie des documents importants à connaître et à comprendre. C’est une production de la Garde côtière canadienne. Ce genre de document existe dans tous les pays, souvent sous le nom anglais Notice to mariners (ou NOTMAR). Les Avis aux navigateurs comprennent un document annuel et des éditions annuelles.

L’édition annuelle

Le document annuel est à l’origine un document en papier qu’on peut aujourd’hui consulter sur le web. Il comprend une foule d’information sur les pratiques de navigation canadiennes. Il vise principalement la marine marchande, mais il demeure utile pour les plaisanciers.

C’est notamment dans l’édition annuelle qu’on apprend comment les navires de guerre et les sous-marins interagissent avec d’autres navires. On y trouve aussi l’information sur l’organisation générale du trafic maritime au Canada.

À temps perdu, faire une lecture intelligente de l’édition annuelle est une bonne idée. Par « lecture intelligente », il faut comprendre qu’on peut négliger les sections qui ne traitent pas de nos besoins de navigation, mais qu’on peut s’attarder aux parties qui nous concernent.

Les éditions mensuelles

Les éditions mensuelles sont disponibles en ligne.

Les éditions mensuelles des avis aux navigateurs sont des documents vivants comprenant les dernières informations de navigation qui ne sont pas sur les cartes. Ils sont aussi produits par la Garde côtière canadienne. On y trouve les corrections à apporter aux cartes en papier, ou encore au livre des feux et des bouées.

L’information présentée dans les éditions mensuelles reflète généralement l’information la plus à jour d’un plan de navigation. Cette information est d’ordinaire disponible avant que les cartes ne soient mise-à-jour. Quand on planifie de naviguer dans un endroit où on n’a pas été depuis longtemps, c’est une excellente pratique que de consulter les avis aux navigateurs.

Si on travaille avec des cartes électroniques, les applications électroniques de navigation, si reliées à l’internet, sont généralement mis-à-jour en temps réel. Pour les cartes en papier, il faut cependant faire les corrections à la main… et les avis mensuels permettent de suivre les éditions à faire au fur et à mesure où elles sont annoncées.

Les Avertissements à la navigation

Les avertissements à la navigation sont présentés en ligne à l’aide de tuiles cartographiques.

Les Avertissements à la navigation (« AVNAVS ») sont produits par la Garde côtière canadienne. Ils sont présentés en ligne sous forme de carte graphique.

Ils présentent les avertissements comme « des informations sur les changements aux aides à la navigation et sur les activités maritimes courantes ou les dangers qui pourraient avoir un impact sur la sécurité de la navigation. ».

C’est dans les avertissements qu’on aura les dangers pertinents propres à différentes zones de navigation. Par exemple, on saura si une bouée est manquante, si des travaux de dragage sont en vigueur, si des niveaux d’eau anormaux sont observés ou si un exercice militaire est en cours.

C’est une excellente pratique que de consulter les avertissements à la navigation d’une journée à l’autre. Les informations sont fluides et changeantes. Une carte géographique permet de cibler les avis qui sont utiles seulement au plan d’eau où on songe naviguer.

Les avis mensuels reposent sur le signalement des navigateurs. Si vous voyez une bouée ou une autre aide à la navigation qui est manquante, c’est une bonne pratique maritime que de le signaler à la Garde côtière.

Le Guide de sécurité nautique

Connaissez-vous l’équipement qui doit être obligatoirement à bord de votre voilier?

Quiconque ayant déjà fait l’exercice de fouiller les lois canadiennes s’appliquant à la mer sait à quel point il est difficile d’avoir un portrait complet de ce qui s’applique à son embarcation. À cet effet, le Guide de la sécurité nautique est le meilleur résumé des lois et des règlements applicables aux embarcations de plaisance: règles de route, équipement obligatoire, bonnes pratiques maritimes, numéros d’urgence, etc.

À titre d’exemple, le tableau ci-dessus détaille l’équipement obligatoire qu’on devrait trouver à bord des embarcations de plaisance.

C’est une bonne idée que d’avoir une copie du guide à bord de son embarcation. C’est aussi utile d’être familier avec les informations qu’il contient.

Conclusion

Pour un examen au brevet élémentaire de navigation côtière de Voile Canada, rappelez-vous de ces publications (CRISTAL RAAAG!) et sachez les décrire en quelques lignes. Certaines seront revisitées dans d’autres textes, puis détaillées.

Cela dit, au delà de l’examen, certaines de ces publications sont utiles en pratique. Il faut connaître le RIPAM. Il faut consulter le NOTMAR et les AVNAVS en planifiant une nouvelle route. Il est également essentiel de savoir lire une carte, de comprendre les courants et les marées, et d’avoir une bonne idée des ports alternatifs où on peut arrêter si la météo tourne mal. Consulter ces documents permet de développer un plan de navigation sécuritaire.

Pour le brevet élémentaire, Voile Canada initie les apprentis à la navigation. Il ne vous équipe pas pour des plans de navigation dans des environnements complexes. Cela dit, ces plans plus complexes émanent de la lecture de ces documents (et de l’expérience, et d’autres sources).

Et l’électronique?

Je termine sur une note reflétant la nature changeante de la navigation côtière. À l’époque ou l’internet n’existait pas, ces documents étaient imprimés en papier, et en avoir une copie imprimée à bord des navires était la meilleure technologie pour garantir la sécurité. Au Canada, la Loi exige encore que certains de ces documents soient à bord en version papier. Le standard de Voile Canada reflète ces exigences, mais le format est le reflet d’une autre époque.

Aujourd’hui, il est beaucoup plus commode de consulter ces documents sur son cellulaire (ou sa tablette), au format électronique. Et encore mieux: certaines applications électroniques de navigation incluent les informations de marées, de courants et d’aides à la navigation directement dans les cartes électroniques. Éventuellement, l’électronique remplacera le papier, et on peut espérer que les lois seront adaptées. Voile Canada suivra.

Au delà du format, Voile Canada insiste sur ces documents pour ce qu’ils contiennent. Le fait d’être conscient de son environnement de navigation améliore sa sécurité et la sécurité des autres navires. C’est un apocryphe qui est d’ailleurs bien connu chez les marins:

Les meilleurs marins utilisent leurs meilleures connaissances pour éviter de montrer leurs meilleurs talents.

Ce message, intemporel et reposant sur des siècles de tradition maritime, mérite d’être répété en des termes simples: un navigateur averti en vaut deux.

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